ALTO-STUDIO
 

Mon Pimpaneau m'a dit 2 : Les jeux en Chine

Le chinois est très joueur, il suffit de se promener dans un parc ou de se perdre dans des ruelles populaires
pour découvrir de petits attroupements de joueurs, le plus souvent de la gente masculine.

Il existe deux grands types de jeux :
- les jeux d’échecs et leurs variantes
- les dés, mais aussi les dominos et les cartes qui en découlent.


__ Les jeux d’échecs__, sont des jeux de réflexion où le but est de prendre des pièces ou un territoire.

Les deux présents en Chine sont le Weiqi (qu’en occident nous connaissons sous
son nom japonais de Go) d’invention chinoise et le Xiangqi, qui comme nos échecs vient de Perse ou d’Inde.
Ce dernier jeu connaît de très nombreuses variantes dont :

- le Tongqi (échecs unifiés)
- le Wu hu qi (échecs aux cinq tigres)
- le Hunheqi (échecs en désordre)
- le Sanguo xiangqi (échecs des trois royaumes)
- le Siguo xiangqi (échecs des quatre royaumes)
- le Dou shou qi (échecs des animaux combattants)
- et le Tiao qi (jeu de l’alma ou échecs aux sauts)

Des dés aux dominos, des dominos aux cartes

Les dés ont sans doute été introduits en Chine à partir de l’Inde.
Il existe de nombreuses façons de jouer aux dés :

- les jeux du type de notre jeu de l’oie, où l’on fait avancer des pions sur un échiquier

       suivant les nombres indiqués par des coups de dés :

• le Ba xian tu (jeu des huit immortels)
• le Sheng guan tu (jeu de la promotion sociale), est un jeu proche de notre Monopoly

       où les terrains sont remplacés par des postes de fonctionnaire.

- Les jeux du type du jeu de jaquet (venu de Perse au IV°ou V° siècle) :

• Liubo
• Shuanghu

- le Zhi tian jiu (« jeter des ciels et des neufs)

Les dominos ( Gupai = « tablettes en os ») ont très certainement été inventés par les chinois,
et sont à la base des cartes sur lesquelles figurent des coups de dés qui sont distribués au hasard,
mais dont le joueur va pouvoir disposer à sa guise.

Le plus connu : Tian jiu (ciel et neuf) est passé des tablettes au papier (Zhipai)
en multipliant les pièces pour donner le Shi wu hu (« 15 lacs »).
Puis de ce dernier passage au Mah-jong. Ce jeu daterait de 1120,
et les coups de dés figurant sur les dominos sont remplacés par 3 couleurs (pièces de monnaie, ligatures et lingots).
Des personnages apparaissent sous la dynastie des Ming.

Passé sous forme cartonnée en Europe autour du XIV° siècle, sans doute par l’Italie,
le dessin sur les pièces va être réinterprété : les pièces de monnaie sont devenues des roues,
les ligatures des épées et les lingots des coupes. C’est la première forme des cartes à jouer occidentales.
Plus tard on y a rajouter une quatrième couleur et substitué comme couleurs trèfle, carreau, cœur et pique.
Les chinois aussi ont oublié l’origine du dessin sur les pièces de Mah-jong,
et les pièces de monnaie sont devenues des cercles, les ligatures des bambous et les lingots s’écrivent avec le caractère dix mille (wan).
Une version du Mah-jong était jouée à la fin du XIX° siècle avec des cartes :
c’est le Khan hoo de nos grands-mères, qui aux Etats-Unis a donné le Poker de nos pères.

Les dés sont donc bien à l’origine des dominos et un jeu de dominos spécial,
le Shi wu hu, ancêtre du Mah-jong, a donné naissance aux cartes.

Bonne partie, et que le meilleur gagne !

 

Les minorités du sud-ouest de la Chine -2-

B-Le groupe Miao-Yao

1- Les Miao :

Ils y a 8.5 millions Miao en Chine, dont 4.2 millions (49.8%) au Guizhou, répartis en 82 groupes.

Origine et exode des Miao :

L’origine des Miao est pleine d’incertitude.
On les localise 4.000 à 5.000 ans avant J.C. dans les bassins fertiles du Fleuve Jaune et du fleuve Huai au nord-est de la Chine.
Leur nom apparaît pour la première fois comme rebelles ayant combattus les souverains mythiques des Han ; Domptés les Miao sont bannis à l’ouest sur le Mont de la Plume. Après des spoliations répétées de leurs terres par les Han, ils poursuivent un exode sans fin vers le sud. Le Guizhou colonisé tardivement par l’empire fut pendant longtemps le sanctuaire de leur culture.
Leur histoire est émaillée de nombreuses révoltes au 15ième, au 17ième et au 18ième siècles (30.000 morts par la répression). Leur alliance avec les Taiping en 1860 se paye par une terrible répression avec le massacre des 9/10 de la population. Une partie des survivants s’enfuit en Asie du Sud-Est formant la première diaspora vers les hautes terres du Laos et du Vietnam, où on les affuble avec mépris d’une déformation de leur nom en Méo.
En 1933, avec l’arrivé de la Longue Marche au Guizhou, les Miao épousent la cause communiste.
En 1958 trois années de famine succèdent au délire collectiviste du « Grand Bon en avant ». Cette famine se poursuit en 1966 lors de la Révolution Culturelle. La chasse aux traditions est un choc terrible pour les Miao qui reprennent le chemin de l’exode par milliers pour fuir le communisme. Cette fois-ci ils dépassent le Laos et le Vietnam pour se réfugier en Thaïlande. Cette deuxième diaspora concerne surtout les Hmong (200.000 au Vietnam, 100.000 au Laos et 50.000 en Thaïlande).

Les Miao sont « crus » (sheng), considérés comme barbares et très opposés aux Han, contrairement aux « cuits » (shu) qui intègrent les usages des Han.
Riziculteurs pratiquant encore parfois la culture sur brûlis, ils sont organisés en lignages et clans patrilinéaires et patrilocaux.
Ils pratiquent la monogamie exogamique soit de clan (les Hmong), soit de lignée (les Hmu), le lévirat, le buluo fujia, l’achat de femme et le cousinage croisé.
Enfin ils sont animistes ou taoistes.

D’un point de vue ethnolinguistique il existe 3 ramifications :

• les Qoxiong ou Miao Rouges
• les Hmu ou Miao Noirs
• les Hmong connus selon les localités sous différents noms, tous en référence à une particularité de leur costume.

Ces groupes, qui se répartissent en 3 grandes zones géographiques, parlent des langues mutuellement incompréhensibles tout en manifestant une origine commune.

• les Miao Rouges ( Qoxiong, Hong Miao, Guoxiong ou Ghao Xong):
Les plus septentrionaux, sont implantés dans le Hubei, l’ouest du Hunan (Xiangxi) et dans le district autonome miao de Songtao au Guizhou.

• les Miao Noirs (Hmu ou Hei Miao) :
Vivent dans le sud du Guizhou par petits groupes autour de Zhenfeng et surtout en habitat continu dans la préfecture autonome miao et dong du sud-est du Qian (Qian Dongnan).

• les tribus Hmong (Meng) :
Beaucoup plus dispersés dans l’espace avec 14 groupes dialectaux et des styles vestimentaires d’une diversité prodigieuse, connus selon les localités sous les noms de Miao Blancs, Miao Verts, Miao à Fleurs, etc…
Les Hmong sont éparpillés du Guizhou occidental aux provinces limitrophes du Sichuan méridional, du Yunnan, et du Guangxi occidental. Au Guizhou il existe ainsi une nébuleuse de hameaux dispersés au nord (Kaiyang), au nord-ouest (Bijie), au sud-ouest (Anshun et Ziyun) et au sud (Wangmo et Luodian) de Guiyang, la capitale provinciale.



A ces trois groupes principaux, il faut en rajouter deux autres qui possèdent un dialecte singularisé :
• les A Hmao (ou Amaot ou Mo) de la région de Weining, au nord-ouest, rattachés aux Hmong et parfois surnommés Miao Grandes Fleurs (Dahua Miao)
• les Genao (ou Gha Ne) des monts du Dieu Tonnerre (Leigong Shan) au sud-est, confondus dans le monde des Hmu.

a) les Miao Rouges ( Qoxiong, Hong Miao, Guoxiong ou Ghao Xong)

b) les Miao Noirs (Hmu ou Hei Miao)
• les Miao de la région de Zhenfeng (sud)

c) les Hmong

• les Miao Blancs (Bai Miao), mais leurs femmes sont le plus souvent connues sous le nom de Miao Longues Cornes (Changjiao Miao).

       A l’ouest, à la frontière du Yunnan, autour de Bijie et de Dafang. Mais aussi au sud-est dans les Monts de la Lune.

• les Miao Bariolés

• les Miao Petites Fleurs (Xiaohua Miao)

• les Miao Quatre Estampes (Si Yin)

       Dans le village de Qiao Lang

• les Miao Perruque de Laine

       A l’ouest, entre Liuzi, Weining (territoire de Bijie) et Dafang, Ci-Cong et Shuicheng (district de Liupanshui).

• les Miao de Yangchang (Chapeau Pointu)

• les Miao Coq (Miao Ji)

       Villages de Gaopo et de Jiading.

• les Miao jupe courte (Genao)

       A l’est, Datang et Taijiang et aux monts du Tonnerre à Leigon Shan.




        Miao jupe courte du village de Datang (Guizhou 2005)

• les Miao de la région de Kaili (sud-est)

• les Miao de le région de Shidong (sud-est)

        rameurs de barque-dragon

• les Miao de Baisha (sud-est)




  __Le village de Baisha (Guizhou 2005) est un îlot miao en plein pays Dong,
d'où l'aspect de leurs vêtements__''

'' • les Miao de Baijin

• les Miao de Langde (Guizhou)




__L'entrée du village de Langde (Guizhou 2005) n'est offerte qu'aux visiteurs ayant stoïquement bu la quinzaine de verres d'alcool de riz malicieusement proposée par les villagois, qui comptent bien ainsi les formater pour l'achat d'objets artisanaux. Cette technique a fait sa preuve sur mon frère Alain et moi-même.

__ • les Miao de Chong-an-Jiang

       Lieu du festival des lushengs et des combats de buffles.

• les Miao du Guanghzai

• les Miao de Xintang

       Près de Pingtang (centre-sud)

• les Miao de Jianglong

       Entre Ziyun et Zhenning (centre-sud)

d) les A.Hmao

• les Miao Grandes Fleurs (Dahua Miao)

       Au dessus du lac Cao Hai dans les montagnes du Wumeng et aux environs de Weining, ainsi qu’à Dazhai et à Xueshan.

2- Les Gejia :

50.000 sont établis dans le sud-est de la province (Kaili, Matang et Huangping) et luttent contre leur absorption par l’ethnie Miao décidée arbitrairement en 1956 par les autorités centrales.

3- Les Yao chin ;
(Iou, Iou Mien, Kim Mien, Kim Mounautod ; Daoviet ; Yaothaï et lao)

2,6 millions vivent en Chine

Historiquement les Yao ont porté au moins 30 noms différents. Il y a quelques 2000 ans, lorsqu’ils vivaient autour de Changsha, la capitale actuelle de la province du Hunan, ils étaient appelés « les tribus sauvages Wuling ». Plus tard, sous les Tang (618-906), on les appelait Mo Yao (non corvéables) et c’est seulement en 1949 que le nom de Yao a été officiellement adopté.

Cultivateurs, sylviculteurs et chasseurs, les Yao ont une forte tradition de rébellion. De 1316 à 1331 ils se sont soulevés 40 fois et ils ont appuyés la célèbre révolte des Taiping au 19ième siècle et joués un rôle actif dans la fondation de la République Populaire.

Société de type segmentaire, au caractère patrilinéaire renforcé par la mémoire des généalogies ancestrales. Les Yao se répartissent en clans avec une organisation patrilocale et deux pères: une père social et un père naturel. Monogames, ils pratiquent l'achat de femme et le buluo fujia.
Bouddhistes, confucéens ou taoïstes de la tradition de Meishan, ils sont fortement attachés au culte des ancêtres, mais gardent quelques restes de polythéisme, et vouent ainsi un culte à Panhu, l’esprit du chien.

On distingue 6 groupes différents dispersés en petites communautés aux confins du Guizhou et du Guangxi :

a) les Mien (BanYao, Guoshan Yao)

    à Rongjiang, Longjiang et Sandu

b) les Domo (Baiku Yao = Pantalon Blanc)

    à Yaoshan et Libo

c) les Numau (Qingku Yao = Pantalon Bleu)

    à Libo , Yaolu et Jiarong

d) les Tungmung (Zhangshan Yao = A Longue Robe)

e) les Paheng (Baxing Yao = Des Huit Clans)

    à Conjiang, Liping et Shunhua

f) les Mong

   à Wangmo au sud


  
Yao rouges de la région de Longsheng (Guangxi 2005)
 

Les minorités du sud-ouest de la Chine -1-

Aujourd’hui j’entame la page ethnologique centrée sur l’étude des minorités du sud-ouest de la Chine, pour guider mon fils Brice, étudiant à Dalian, au nord-est de la Chine, dans un éventuel voyage dans des contrées plus méridionales.
Je me propose après un bref rappel de généralités, d’étudier chaque population du Yunnan, du Guizhou et du Guangxi.

                       

A- Généralités sur les ethnies du sud-ouest de la Chine

Un milliard d‘habitants vivant sur 1/6 seulement de la superficie du pays, dont 930 millions de HAN et 70 millions de chinois appartenant à des ethnies minoritaires réparties en 56 nationalités.
Les minorités du sud-ouest de la Chine se répartissent essentiellement entre le Yunnan, le Guizhou et le Guangxi, mais débordent également sur les provinces limitrophes: Hobei, Hunan, Guangdong et Sichuan.%%

                       

1- Droits et privilèges des nationalités minoritaires en Chine du sud-ouest

Surreprésentation au parlement et dans les instances provinciales.
Choix de leurs dirigeants de circonscriptions autonomes.
Pas de limitation des naissances, comme celle imposée aux Hans.
Accès à des instituts d’enseignement réservés, leur garantissant ainsi l’accès à l’université sans passer par la sélection générale.
Des régions, sous-préfectures et districts autonomes recevant des aides spéciales au développement.

                        

2- Lexique ethnographique

BULUO FUJIA : coutume qui consiste à ne pas s’installer dès le mariage dans la même maison que le mari. Cette installation se faisant après la naissance du premier enfant (souvent adultérin en raison de la grande liberté sexuelle permise avant la vie en commun).
CLAN : groupe de parenté défini par l’usage commun d’un même patronyme et le sentiment d’appartenir à un même groupe de descendance, même si le lien généalogique entre membres d’un même clan ne peut être précisé, car il se perd dans la nuit des temps. Dans le système de parenté unilinéaire, le conjoint qui, au mariage, va s’installer chez l’autre, est normalement intégré au clan de sa famille d’accueil.
COUSINS CROISES : enfants de la sÅ“ur du père ou du frère de la mère.
COUSINS PARALLELES : enfants des sÅ“urs de la mère (matrilatéraux) ou des frères du père (patrilatéraux).
ENDOGAMIE : obligation de se marier à l’intérieur de son groupe d’origine (clan, lignage) ou de sa classe (ou caste).
EXOGAMIE : obligation de se marier en dehors de son groupe d’origine, sous peine de commettre un inceste sanctionné par la société.
LEVIRAT : coutume fréquente dans les mariages par achat avec résidence patrilocale, qui oblige le frère cadet d’un défunt à épouser la veuve de celui-ci.
LIGNAGE : groupe d’ascendance commune dont tous les membres connaissent précisément leurs liens généalogiques avec l’ancêtre commun et les uns avec les autres.
MONOGAME : se dit d’une famille ou d’un ménage ne comportant qu’une seule femme et qu’un seul mari.
NEOLOCAL : qualifie le fait d’habiter ni chez les parents du mari ni chez les parents de la femme, mais dans une maison indépendante.
FAMILLE PATRIARCALE : dans laquelle le pouvoir est au maître de maison.
FAMILLE PATRILINEAIRE : famille dans laquelle la filiation (patronyme et héritage) se fait de père en fils.
FAMILLE PATRILOCALE : famille dans laquelle les jeunes mariées vont habiter dans la maison du père du mari.

3- Les principales minorités

Il existe 4 grandes familles linguistiques : la famille Tai-Kadai, la famille tibéto-birmane, la famille Miao-Yao, et la famille austro-asiatique.

4- Bibliographie

Brodeurs de brume, les Miao de la Chine secrète. Annie Reffet. Ed. Soline.
Chine. Dans les Monts de la Lune. Chez les Miao du sud-ouest. C. Bourzat et P. Fatin. Ed. du Chêne.
Costumes traditionnels de la Chine du sud-ouest. N° spécial de l'Estampille/L'objet d'art (2002).
Tourisme ethnique en ombres chinoises. G. Clastres. Ed. L'Harmattan.
Yunnan-Guizhou, Chine insolite des minorités. P. Bernard et M. Huteau. Ed. Anako.